Interviews

Jérôme Noirez 

Interview de Jérôme Noirez 

Comment expliquez-vous votre passion pour le Japon ?

J’appartiens à cette génération qui fut la première à baigner dans le dessin animé japonais. Le manga n’avait pas encore gagné nos rivages, mais les animes (puisque c’est le terme en usage) révolutionnaient alors les programmes jeunesse. Sans doute cela a-t-il éveillé chez moi, comme chez bien d’autres, une curiosité pour ce pays qui nous envoyait dans les mirettes des choses aussi incroyables qu’Albator, Cobra, Ken le survivant, sans compter toutes les séries romantiques qui montraient la vie quotidienne des jeunes gens dans le Japon actuel… Et puis, il y eut le cinéma, le manga, la littérature, la musique, les arts graphiques, l’histoire... Partout, je trouvais (et je continue à trouver) quelque chose qui faisait écho à mes propres goûts et préoccupations. Difficile de résumer ce sentiment. Disons, pour faire simple, que dans notre culture, nous aimons les genres, les catégories. Il y a la tragédie d’un côté, la comédie de l’autre, le savant et le populaire, le lyrique et le trivial, le bien et le mal, la flûte à bec et Rammstein… Dans la culture japonaise, tout peut se mélanger, ou plutôt se transformer, passer d’un état à un autre, en permanence. Et c’est ainsi que mon propre imaginaire fonctionne. De même, dans la culture japonaise, le passé et le présent coexistent sans difficulté, ce qui n’est pas vraiment le cas chez nous. Par exemple, nos contes commencent par : « Il était une fois… » Les contes japonais, eux, commencent par : « C’est maintenant du passé», ce qui dit bien cette proximité, cette connivence entre présent et passé. Le temps n’est pas un fil tendu au Japon, plutôt une boucle.

Quels sont vos genres de Fantasy et auteurs préférés ?

Je serai franc : Je n’y connais pas grand-chose en fantasy. Oh, plus jeune, j’ai bien lu quelques cycles comme Le Seigneur des Anneaux, Les Neufs Princes d’Ambre ou la saga d’Elric le Nécromancien, mais à présent, j’ai beaucoup de mal avec la fantasy traditionnelle. Et pour des raisons que j’ai exprimées en répondant à la première question. L’affrontement entre le bien et le mal, ce qui est en général l’archétype d’un récit de fantasy, moi, ça me barbe. En lisant Le Seigneur des Anneaux, je suis du genre à me mettre dans la peau d’un orc, et à ma demander : alors, c’est quoi le quotidien de ce gars-là ? Ça doit pas être rose tous les jours de bosser pour Sauron. Est-ce qu’il a des états d’âme, des moments où, en plein carnage, il pense à sa copine ? Parce que, sous ses airs peu avenants, je suis sûr que c’est un brave type, etc… Et les hobbits ? Tous ces gens qui n’arrêtent pas de sauver le monde, ils me fatiguent. Si je devais citer deux auteurs de « fantasy » qui m’ont réellement marqué, je dirais Rabelais et Shakespeare.

En tant qu'auteur, qu'est-ce qui vous attire dans l'écriture pour la jeunesse ?

Donner envie de lire, simplement, sans trahir ni le lecteur auquel le livre se destine ni l’auteur que je suis. Je me souviens du bonheur, de l’excitation, de mes lectures lorsque j’étais ado, et quand je peux de temps en temps faire naître des émotions semblables chez des lecteurs, alors c’est merveilleux. Il y a un vrai « plaisir d’offrir » dans le fait d’écrire pour la jeunesse, ce qui n’est pas nécessairement le cas lorsque j’écris pour les « vieux » (là, j’aurais plus tendance à chercher le cadeau empoisonné). Cela dit, dans mon travail, je fais peu de distinctions entre ce que je destine à un lectorat adulte et ce que je destine à la jeunesse. Donc, soyez sur vos gardes.